Selon un article de Greenpeace en mars 2018, de nombreux facteurs sont responsables du déclin des abeilles : les changements climatiques, les acariens et parasites, des virus et agents pathogènes, la destruction d’habitats naturels par les monocultures (contraire à la permaculture) et les traitements phytosanitaires.

Les cultures à travers le monde nécessitant la pollinisation sont de plus en plus nombreuses et la réserve d’abeilles domestiques n’est pas suffisante, ce qui est également le cas de la quantité d’abeilles et insectes pollinisateurs.

Mais savez-vous pour quelles raisons notre écosystème est menacé par ce phénomène ?

Les causes et conséquences de la disparition des abeilles

Depuis 10 ans déjà, les écologistes et apiculteurs essaient de se faire entendre en dénonçant les dégâts causés par les pesticides et notamment les néonicotinoïdes. 2 grands groupes de l’industrie agrochimique européens, Syngenta et Bayer commercialisent les néonicotinoïdes dans le monde entier.

Ces pesticides sont en partie responsables du Colony Collapse Disorder (CCD) ou syndrome d’effondrement des colonies reconnu actuellement par les autorités de plusieurs pays et notamment par les Etats-Unis récemment.

Un groupe indépendant et international composé de 53 scientifiques a étudié l’action des  pesticides systémiques (pénétrant dans la plante et les conséquences sur les abeilles). Ils ont constaté que les néonicotinoïdes intoxiquent et tuent les abeilles lorsqu’elles butinent sur les plantes traitées.

La pollinisation est une « activité » qui génère près de 153 milliards de dollars au niveau mondial pour les services écologiques et agricoles. En effet, l’abeille et les butineurs permettent la reproduction des plantes, en déposant les étamines (organe reproducteur male de la plante) recueillis, sur le pistil d’une autre plante (organe reproducteur femelle).

La plupart des cultures ont besoin de cette pollinisation, ce qui en fait un facteur indispensable pour que nous obtenions des aliments de la terre. Environ 1/3 des aliments que nous consommons proviennent de la pollinisation. Cela représente 15 milliards de dollars chaque année.

Les gestes pour sauver les abeilles

Si vous souhaitez à titre personnel contribuer à la lutte contre la disparition des abeilles et insectes pollinisateurs, voici une liste de 15 solutions ou actions que vous pouvez adopter :

1.    Consommer plus de miel

Les apiculteurs en France en 2014 (Auvergne, Pyrénées…) ont annoncé la perte de 50 à 100 % de leur production de miel. Il est important d’aider les apiculteurs locaux. Pour 1 kg de miel, on compte 1 million de fleurs butinées. Ce qui est considérable.

Véritable source d’énergie, ses valeurs nutritionnelles comprennent 80 % de glucides et deux types de sucre, le fructose et le glucose facilement assimilables par l’organisme. Le miel remplace le sucre blanc, que chacun sait néfaste pour la santé.

2.    Un jardin pour les abeilles et les insectes pollinisateurs

Vous plantez des graines bios de différentes variétés de fleurs dans votre jardin, ou sur votre terrasse. Vous gardez une certaines surface dite sauvage que vous ne tondrez pas ou peu souvent ce qui va permettre aux insectes pollinisateurs et aux abeilles de profiter de cet environnement pour butiner.

Il est recommandé d’utiliser des plantes mellifères car elles sont riches en protéines, nectar et pollen. Vous pouvez mettre des dahlias, des glaïeuls d’Abyssinie par exemple. Les crocus seront utiles en automne car ils aident les pollinisateurs à passer l’hiver.

3.    Semer des fleurs sauvages

Dans des jardinières sur votre balcon ou dans votre jardin, les fleurs sauvages vont nourrir les abeilles. Choisissez de préférence des bleuets, des coquelicots, des trèfles.

4.    Planter des arbustes

Les fleurs des arbres et arbustes sont également nourrissantes pour les abeilles et insectes pollinisateurs comme les aubépines, églantiers, prunelliers…

5.    Mettre un point d’eau à disposition

L’eau d’un bassin peu profond va permettre aux insectes pollinisateurs et aux abeilles de se rafraîchir et de diluer le miel pour nourrir les larves.

Vous pouvez aussi mettre des coupelles avec de l’eau et des gravillons pour qu’ils puissent se poser et boire sans se noyer.

6.    Un nichoir pour les abeilles

Certaines abeilles sont solitaires, et profitent des nichoirs. Vous pouvez utiliser une bûche en bois dur (chêne ou hêtre par exemple). Vous la coupez en deux dans le sens de la hauteur, vous percez des trous de 10 cm de profondeur (sans transpercer la buche) avec un diamètre entre 3 et 10 mm et des espaces de 2 cm. Le nichoir doit être placé à 30 cm du sol avec une orientation sud, à l’abri du mauvais temps et près des fleurs.

Des nichoirs sont disponibles un peu partout (jardinerie, internet..) si vous ne souhaitez pas en fabriquer un !

7.    Avoir une ruche chez soi

Vous pouvez l’acheter ou la construire après avoir téléchargé des plans gratuits du modèle « ruche kényane », créé par un collectif d’apiculteurs. Il s’agit d’une ruche écologique dont le modèle vient de ruches africaines simples à installer. Vous pouvez la trouver sous le nom de ruche horizontale ou ruche TBH (Top Bar Hive).

Un anglais convaincu du bienfait des ruches naturelles, Phil Chandler a fait connaître la ruche horizontale du Kenya. Sa forme en V respecte la forme de la grappe d’abeilles. Les abeilles construisent elles-mêmes leurs rayons de cire.

C’est un moyen éco-citoyen de participer à la sauvegarde des abeilles tout en leur créant un habitat dans votre jardin. Votre mairie vous renseignera sur les normes à respecter. Vous l’installerez près des plantes.

8.    Parrainer une ruche

Sur le site untoitpourlesabeilles.fr, vous avez la possibilité de parrainer une ruche. Vous aidez 4 000 abeilles sur les 40 000 vivant dans une ruche. On vous envoie ensuite des pots de miel pour vous remercier de votre participation à la protection de la ruche. Vous avez la possibilité de choisir la plus proche de chez vous.

Les entreprises peuvent elles aussi parrainer des ruches.

9.    Financer des mètres carrés de fleurs

Un toit pour les abeilles propose également de financer en partie un champ de fleurs. Depuis 2010, 40 hectares ont été semés dans certaines régions de France avec des graines bios de Phacélie, Petit Lotier, Trèfle, Mélilot, Minette, Sainfoin… Ces plantes permettent aussi d’enrichir la terre en fixant l’azote de l’atmosphère.

10. Lutter contre les frelons asiatiques

Les frelons asiatiques détruisent les ruches. Les apiculteurs déplorent les pertes importantes car il suffit de 10 frelons pour mettre un terme à la vie d’une ruche.

Vous pouvez signaler la présence d’un nid (imposant et sphérique) à la mairie ou au Muséum d’Histoire Naturelle.

11. Utiliser des engrais naturels

L’engrais naturel est ce qu’il y a de mieux pour votre jardin. Vous avez le compost (voir notre article sur les composteurs), mais aussi des engrais organiques et minéraux :

Le phosphate naturel est adapté au sol acide et peu calcaire. La poudre de roche ou basalte (roche volcanique broyée) contient du silicium, calcium et magnésium et des oligoéléments, ce qui renforce les plantes face aux variations climatiques.

Le purin d’orties est riche en oligo-éléments et en vitamines. La potasse ou vinasse de betterave est également efficace. Vous trouverez aussi des engrais bios liquides prêts à l’emploi.

Aussi, nous vous conseillons d’opter pour un désherbant naturel !

12.  Manger bio

Mangez bio et local ! Vous donnez du poids à l’agriculture bio pour que les producteurs locaux puissent bénéficier de votre consommation.

Vous pouvez commander des paniers bios ou faire partie de groupes d’achats solidaires de l’agriculture paysanne de votre région. Il vous suffit de consulter les associations soutenant les agriculteurs bios.

13. Faire passer le message

Votre entourage doit être informé de la nécessité de préserver les abeilles et les insectes pollinisateurs. Vous pouvez organiser une plantation collective, un atelier sur la fabrication d’engrais bio…

14. Faire signer des pétitions

Il existe des associations qui se chargent de contacter les politiques pour les sensibiliser à ce genre de problèmes : la Fondation Nicolas Hulot, Avaaz, Pollinis sauront faire bon usage de votre soutien.

15.  En parler aux élus

Les élus seront concernés par la question, donc n’hésitez pas à en parler avec eux pour trouver des solutions dans votre commune.

S’inspirer des pays voisins

Dans le monde, des idées originales et scientifiques fleurissent :

Des hommes abeilles

En Chine des hommes-abeilles pollinisent des arbres fruitiers. A la main ils ne peuvent le faire que sur une trentaine d’arbres par jour tandis qu’une abeille le fait sur trois millions de fleurs. Mais cela reste une belle initiative.

Des drones pollinisateurs

Les drones pollinisateurs ont été mis au point par des chercheurs japonais de l’Institut National des Technologies et des Sciences industrielles avancées.

  

L’abeille Beeonic

Il existe également une abeille robotique la Beeonic, créée aux États-Unis, elle pollinise les fleurs dans les fermes et les serres. Des ruches expérimentales  permettent d’observer les abeilles avec des technologies intégrées. Des capteurs collectent des informations pour aider la recherche et lutter contre la disparition des abeilles.

La politique et les abeilles

Pour aller plus loin, les choses bougent sur le sujet au niveau politique écologique.

Vous avez peut-être entendu parler du projet d’Obama en 2015 pour sauver les abeilles et insectes pollinisateurs dans son pays. Ce plan d’action est prévu pour 5 ans, avec des partenariats des secteurs publics et privés.

Ségolène Royale, alors ministre de l’écologie en 2016, avait proposé une loi pour faire interdire les pesticides néonicotinoides. En juin 2017, elle déclarait à l’AFP qu’il ne fallait pas lâcher ce combat.

Nicolas Hulot à l’écologie du gouvernement actuel a déclaré en octobre 2017 qu’il se donnait 5 ans pour faire interdire le glyphosate et d’autres pesticides.

Les mouvements contre les pesticides

On compte à l’heure actuelle des dizaines de millions d’hectares de cultures recevant les néonicotinoïdes dans le monde. L’EPA (agence de protection de l’environnement américaine) a cette année reconnu que les pesticides et notamment l’imidaclopride, un néonicotinoïde, fabriqué par Bayer était un danger pour la santé des abeilles.

Il est possible que l’agence limite ou interdise l’utilisation de ce pesticide en 2018. L’EPA a déclaré : « Nous avons constaté qu’il y a de moins en moins de pollinisateurs ainsi qu’une baisse de la production de miel. ». Le soja, le coton et les agrumes sont les cultures les plus arrosées d’imidaclopride, les Etats-Unis sont particulièrement concernés.

En février 2018, l’Agence Européenne EFSA (European Food Safety Authority) a confirmé la dangerosité de 3 néonicotinoïdes sur les abeilles et insectes pollinisateurs. Elle a ainsi demandé aux états membres l’application de restrictions.

Nous vous proposons sur le même sujet, la lecture du livre « Du courage » d’Isabelle Saporta.